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LA WEBRADIO TROPICALE :: AUBRY-ROYAL : DEUX TEMPéRAMENTS, DEUX CONCEPTIONS DU RôLE DU PARTI SOCIALISTE| AUBRY-ROYAL : DEUX TEMPéRAMENTS, DEUX CONCEPTIONS DU RôLE DU PARTI SOCIALISTE |
| Posté par : phyl / Source: www.lemonde.fr / 18-11-2008 | |
  Entre Martine Aubry, 58 ans, et Ségolène Royal, 55 ans, le courant n'est jamais passé. Tout sépare ces deux femmes qui, ainsi que Benoît Hamon, aspirent à diriger le Parti socialiste à l'issue d'un congrès de Reims qui aura mis en évidence l'incapacité des socialistes à surmonter leurs divisions. Cette confrontation éclair n'oppose pas seulement deux tempéraments. Enarques et toutes deux anciennes ministres, la fille de Jacques Delors, issue d'un milieu "catho de gauche", et la fille d'un officier de droite ne partagent pas la même culture de l'action publique.
"Nous n'avons pas la même conception du PS, pas la même façon de faire de la politique", rappelle la maire de Lille. Mme Royal a fondé une partie de sa campagne sur la critique du "vieux PS", qu'elle juge recroquevillé sur lui-même, incapable d'attirer à lui les forces vives du pays, en particulier "les jeunes des quartiers populaires". Décidée à construire "un parti de masse", elle propose d'abaisser à un prix très modique la cotisation que paient les adhérents.
Mme Royal est favorable aux consultations directes des militants alors que sa concurrente préfère un vote au bureau national ou au congrès. Sa motion préconise qu'une primaire organisée auprès des sympathisants permette de désigner le candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012. Attachée à l'idée d'un "parti de militants", Mme Aubry redoute que Mme Royal ne transforme le PS en un "parti de supporteurs", simple machine électorale au service d'un leader, sur le modèle du Parti démocrate américain.
BATAILLE INCERTAINE
Ces divergences sur le fond rejaillissent sur la forme. La Fête de la fraternité, organisée en septembre au Zénith de Paris par Mme Royal, a fait bondir "Martine". Connue pour son franc-parler, Mme Aubry, qui taxe de "réacs" certaines attitudes de son adversaire, l'accuse aussi de caler ses choix sur les variations de l'opinion. "Il faut retrouver nos valeurs, renouer avec ce que nous n'aurions jamais dû quitter", insiste-t-elle.
A la tribune, Mme Aubry a joué sa partition de "bonne militante". Discours rodé, effets de tribunes calibrés et convivialité sans chichi. Mme Royal, qui admet son peu de goût pour les batailles d'appareil, a développé un mode d'expression qui reste largement exogène à l'univers socialiste.
A Reims, la question des alliances a constitué le principal point de friction. Face à Mme Royal, qui avait proposé un accord à François Bayrou entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2007, Mme Aubry - comme M. Hamon - met en garde contre un retournement d'alliances. "On nous a fait un procès intellectuellement déloyal car notre motion est parfaitement claire : l'union de la gauche d'abord, la main tendue à tous les humanistes pour battre la droite, ensuite", proteste Mme Royal dans sa profession de foi, en soulignant que cette question fera l'objet d'une consultation directe des militants.
Dans son entourage, on fait valoir que l'addition des seules voix de gauche au premier tour ne permet plus de remporter un scrutin présidentiel. Sans oublier de glisser que lors des dernières élections municipales, Mme Aubry a conclu un accord au second tour avec le MoDem.
Entre les deux prétendantes, la bataille s'annonce incertaine. A priori, la maire de Lille paraît favorite face à Mme Royal, dont la motion a obtenu 29 % des voix mais qui paraît isolée. Mme Aubry (24,3 %) peut espérer recevoir l'appui, au second tour, de Benoît Hamon (18,5 %), à condition de l'avoir devancé au premier. La question principale porte sur l'attitude de ceux qui ont voté pour la motion défendue par Bertrand Delanoë (25,2 % des voix). Les amis de François Hollande, très hostiles à Mme Aubry, représentent près de la moitié de ce capital électoral. Dans le camp de Mme Royal, on annonce des ralliements de responsables de la motion Delanoë.
La personnalisation du scrutin et les conséquences de l'échec du congrès de Reims auront des conséquences difficiles à évaluer. En tout état de cause, sauf surprise qui verrait M. Hamon l'emporter, une femme va s'installer à la tête du PS.
Jean-Michel Normand
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